Avant d’en venir à la technique qui consiste à creuser les réalisations avant cuisson, je voudrai revenir sur « Mademoiselle Pogani II ».
Les deux dernières années, j’ai travaillé sur 4 réalisations d’après Brancusi.
J’adore cet artiste et le travail qu’il a réalisé pendant toute sa carrière. Je trouve qu’il y a beaucoup de modernité dans ses créations, une recherche dans « l’épure » et la « réduction » des traits (d’un visage notamment) au strict minimum : les arcades sourcilières sont soulignées, parfois c’est l’œil qui seul apparaît comme « gonflé », mais dans une harmonie quasiment indescriptible… j’en reste presque sans voix ! Ce qu’il a créé, je voudrai l’avoir créé moi-même, avoir été la première à le faire.
Copier les « grands » aide à se connaître, à acquérir de la technique et finalement à réaliser ses propres projets. C’est petit à petit, au fil des réalisations, que j’ai compris cela. Pendant bien longtemps, j’ai pensé ne pas être capable de créer un travail personnel, mais à l’issue des ces quelques années de pratique, je me rends compte que petit à petit j’ai abandonné le modèle initial, parfois sans trop m’en rendre compte, et j’ai introduit les traits de « mon propre style » (même si c’est un peu prétentieux de le présenter comme ça !).
Voici « Mademoiselle Pogani II » à l’issue du travail de réalisation, avant la délicate phase qui consiste à évider le modèle…

par Jenny
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Comme j’en ai déjà parlé au sujet d’Inga (réalisation débutée la semaine dernière), le modelage peut se faire de deux façons,
complémentaires à mon avis :
Les morceaux agglomérés les uns eu autres, comme on bâtirait un château de sable permet de partir de rien et de mettre en forme
rapidement le volume global du travail. Il s’agit de modelage à proprement parler. La terre ainsi compactée, possède des zones d’air et d’humidité (afin que les morceaux adhèrent les uns aux
autres, il est nécessaire d’humidifier et de « colmater » le tout). Ainsi, il est impératif de creuser la réalisation finale afin d’éviter que celle-ci n’éclate à la cuisson, car même
si le travail final sèche pendant longtemps, une seule goutte d’eau, une seule bulle d’air suffisent à faire craquer l’édifice
final.
La terre se présente sous forme d’un pain de 5 kg (je crois), sous plastique hermétiquement fermé afin qu’elle conserve toute sa
mollesse et ses attributs.
Partir d’un bloc de terre signifie que l’on évalue la forme du modèle que l’on souhaite réaliser. On découpe alors dans ce pain
la partie correspondante à ses « vœux ». A partir de là, il s’agit moins de modelage que de sculpture : en effet, il faut creuser la terre afin que les formes se dessinent et
sortent du bloc, de la masse. L’avantage principal réside dans l’absence d’air ou d’eau à l’intérieur.
Quoi qu’il arrive, je ne dispose pas toujours d'un pain de terre "vierge" mais souvent d'un congloméra de morceaux issus de
réalisations antérieurement creusée, d'où l'intérêt de savoir s'adapter et de savoir travailler les deux techniques !
J’ai appris à toujours creuser mon travail et à ne pas le laisser en l’état. Je reviendrai sur cette technique
demain.
Voici une reproduction d'une sculpture de Brancuzi "Mademoiselle Pogani II" (réalisation personnelle : année 2004). Pour ce travail, je suis partie d'un amalgame de (très nombreux) morceaux de terre (hauteru finale : 30 cm environ
!)
par Jenny
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Inga émerge donc petit à petit d’un bloc de terre rouge. A la cuisson, cette couleur va s’éclaircir mais demeurera rouge/orange. Généralement, le travail est plus rugueux sous les doigts avec ce type de terre qui par ailleurs a tendance à sécher assez vite.
Il y a également la terre blanche, qui devient noire à la cuisson ; la terre légèrement rosée qui devient couleur chair à la sortie du four et enfin la terre blanche, la porcelaine, qui demeure blanche et dont la composition, tendre et moelleuse, permet un travail dans le temps sans avoir à humidifier entre deux séances la réalisation en cours.
En effet, il faudrait pouvoir travailler à une réalisation en une seule séance, et c’est possible si l’on considère que j’ai réalisé Galatée en 2 heures. Mais il faut ajouter à ce temps une heure pour creuser le modelage en cours, pour procéder à sa reconstitution et au « colmatage » des brèches ainsi créées. Enfin il faut encore compter une heure de finitions pour parvenir au résultat final attendu. A cela peut encore s’ajouter le ponçage, à l’issue d’un séchage d’une semaine à l’air libre : le support est encore un peu tendre (cela dépend à nouveau de la terre utilisée) : poncer avec du papier de verre, d’abord aux grains moyens puis fins, permet de parvenir à un résultat lisse, "appelant la main et la caresse"…
J’ai utilisé toutes ces terres ; peut-être en existe-t-il d’autres modèles : je ne les connais pas ; je n’ai jamais utilisé que celles-ci.
J’adore la terre blanche, sa texture, l’aisance avec laquelle elle se travaille et le résultat final.
Mais j’aime par-dessus tout changer de terre afin de ne pas avoir exclusivement des réalisations d’une seule couleur : je suis pour le "panachage", et ce d’autant plus qu’il est possible de mélanger les terres afin d’affiner le rendu final.
Ainsi, voici le travail réalisé sur Ethna, il y a 3 ans maintenant : il s’agit d’une reproduction d’une statue africaine. Je l’ai modelée en terre rouge mais ses cheveux et son tork sont en terre blanche qui devient rosée après cuisson.
par Jenny
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Une fois l’esquisse des formes dessinée sur le bloc, il faut commencer à creuser et à arrondir.
Le travail de modelage est délicat puisqu’il nécessite de travailler dans le volume et non pas sur une surface plate telle la feuille de dessin.
Travailler le volume implique qu’il faut projeter le modèle dans l’espace et imaginer ce que nos yeux ne peuvent voir puisque l’image ne montre qu’une partie du tout.
Travailler le volume implique également travailler sur une épaisseur correspondant aussi proportionnellement que possible au modèle de référence : à nouveau, cette étape n’est pas aisée.
Voici Inga à l’issue de la séance de samedi dernier, après 45 minutes de travail.
Jusqu’à samedi25/03, Inga est dans l’expectative, enveloppée dans du plastic ; j’ai pris le soin de l’humidifier afin que la terre ne s’assèche pas.

par Jenny
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Le modèle choisi, il convient de passer à "l’acte" et au modelage proprement dit. Il faut choisir la terre elle-même (je consacrerai un article sur la terre) : la terre blanche que j’aime bien travailler fait défaut dans l’atelier les derniers temps et le peu qui reste est trop dur pour envisager d’en faire quoi que ce soit !
Je m’oriente donc par défaut vers la terre rouge. Celle-ci est de texture mœlleuse et granuleuse à la fois : je sens bien sous les doigts les grains de terre qui la composent.
Faut-il travailler par touche ou à partir du bloc (là encore je vous renvoie à un article à venir) ? Je décide de partir d’une partie du pain de terre : le rectangle pris de biais correspond au départ à la forme géométrique du corps accroupi.
Il suffit alors d’esquisser les lignes du modèle…
par Jenny
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